C'était toujours le même cauchemar qui revenait la hanter. Une image, surgie de son passé, et qu'elle n'arriverait jamais à chasser...
Tania avait très peu connu ses parents. Son père était mort d'un accident de voiture alors qu'elle avait 5ans. Puis, sa mère, Carole, avait sombré dans une profonde mélancolie, dont rien ne pouvait la tirer. Elle aimait passionnément son mari. Pour vivre avec lui, elle avait bravé toute sa famille et renoncé à toutes ses richesses. En effet, la mère de Tania appartenait à l'une des plus riches familles de San Francisco. C'est alors qu'elle s'était éprise de ce jeune musicien anglais. Il était pauvre, et sans avenir, mais Carole l'avait suivi à Londres pour vivre avec lui. Tania était l'enfant de leur amour.
Quelques années après la mort de son père, Tania perdit également sa mère. Alors, la jeune enfant fut confiée à son grand-père, Mason, et alla vivre chez lui, à San Francisco. Elle avait à peine 8ans...
Les années qui suivirent ne furent pas très heureuses pour la petite orpheline. Oh, bien sûr, elle ne manquait de rien. Mais, en revanche, elle était souvent seule. Mason, absorbé par ses affaires, ne s'occupait pas beaucoup d'elle.
Mais il y avait encore plus grave. Mason recevait souvent sa seconde fille Lydia, la s½ur cadette de la mère de Tania. Et Lydia ne perdait pas une occasion pour profaner le souvenir de Carole.
_Ah, cette Carole / murmurait-elle en caressant le front de Tania. / Quelle folie elle à faite de suivre ce petit intrigant anglais! Ca lui a coûté la vie, finalement...
Une autre fois, elle de à Tania :
_Toi, tu es comme ta mère. Tu a quelque chose de bizarre dans les yeux.
La fille de Lydia, Meredith, jouait souvent avec Tania. Mais, malgré elle, elle répétait les mots de sa mère et elle mettait Tania à la torture.
_Maman m'a dit que ton papa était fou. C'est vrai, Tania?
_Laisse-moi tranquille / répondait la petite fille, les larmes aux yeux. /
A 16ans, enfin, elle put échapper à cette ambiance étouffante. Elle entra en pension. Là, sa vie fut plus heureuse. Jusqu'à ce jour, ce jour maudit...
Allongée sur son lit, Tania revit ce souvenir terrible. Elle frissonna, rien qu'en y pensant. Depuis ce jour-là, elle ne pouvait plus rire, chanter, jouer comme elle le faisait avant. Depuis se jour, elle avait au fond des yeux cette petite lueur malheureuse...
Elle avait 18ans quand c'était arrivé. Elle avait déjà décidé d'arrêter ses études pour se lancer dans le théâtre. Mason était furieux de cette décision...
_Ma petite, / lui avait-il dit / Meredith est belle, mais stupide. Je n'attends rien d'elle. Tu es ma seule chance. Il faut que tu te maries et que tu me donnes des descendants.
C'était un dimanche, ce soir-là, elle avait lu un roman dans sa chambre. Elle était revenue dans la maison de son grand-père pour y passer le week-end.
A son étonnement, quand elle descendit pour dîner, elle trouva la maison déserte. Son grand-père était sorti, sans la prévenir.
Elle entra dans le grand salon, et vit une lumière allumée dans un coin. Elle s'approcha et faillit crier. Il y avait un homme, élégant et assez beau, assis dans un fauteuil.
Il souriait en la contemplant.
_Ne craignez rien, mademoiselle. Je m'appelle Paul Lianos. Je suis un ami de votre grand-père. Je l'attends. Voulez-vous me tenir compagnie ?
Tania s'assit prés de lui. Mason lui avait déjà présenté plusieurs de ses amis, mais aucun n'était aussi charmant que celui-ci. A la vérité, l'espoir de Mason était qu'un de ces jeunes hommes de bonne famille épouse Tania, et qu'elle lui donne des descendants.
Paul Lianos ouvrit une bouteille de champagne et offrit une coupe à Tania. La jeune fille était très surprise par cette mise en scène, d'autant que bientôt il la conduisit vers la salle à manger, où un repas froid était dressé.
_Mangeons, / lui dit-il/ votre grand-père m'a conseillé de ne pas l'attendre, s'il tardait trop.
Après le dîner, Paul mit un disque sur l'électrophone et ils dansèrent.
Tania sous le charme de cet homme séduisant. Un rien la faisait rire ; Paul Lianos lui tendait une nouvelle coupe de champagne dès que son verre se vidait. Le c½ur de Tania battait enfin plus vite. Elle se sentait flattée, très gaie, séduite... amoureuse ? Peut-être Paul Lianos partageait-il ces émotions délicieuses, se disait-elle naïvement. Elle ne devina pas intentions quand il guida habilement vers le bureau vide de Mason.
Plusieurs années après, Tania tremblait toujours en y pensant. Elle cacha son visage dans ses mains. Elle s'était montrée si naïve, si stupide...
Dans la pénombre, Tania s'était blottie contre Paul Lianos, elle avait tendu ses lèvres vers son baiser. Elle n'avait commencé à se débattre que quand il avait voulu lui ôter sa robe.
_Non !
La panique envahissait la jeune fille. Il allait trop vite pour elle, et il la brutalisait presque.
Dans se hâte monstrueuse, Paul Lianos avait déchiré la robe de Tania. Il avait murmuré d'une âteuse :
_ Ne fais pas de manières, c'est ce que tu veux depuis le début.
_Non, je ne veux pas...
Tania ne comprenait plus. Qu'avait-il cru, qu'avait-elle fais de mal ? Paul Lianos continua, avec un avec un sourire cynique :
_Ton grand-père m'a donné sa bénédiction. Je n'aime pas celles qui se font prier.
Tania avait voulu crier ; Paul Lianos lui avait férocement fermé la bouche. Tania se sentait salie, souillée par le contact répugnant de cet homme ; elle se débattait de toutes ses forces, en vain. Elle n'avait jamais imaginé une brutalité pareille. Elle vivait un cauchemar. Par un heureux hasard, elle avait réussi à déséquilibrer son agresseur et à lui échapper, alors qu'il allait se jeter sur elle. Tania s'était enfuie dans la pièce, poursuivie par les insultes et les menaces de Paul Lianos.
Elle courut s'enfermer dans sa chambre. Elle brûlait d'humiliation et de terreur. Elle haïssait Paul Lianos, elle se haïssait elle-même. Manifestement, elle était seule responsable de cette scène par son comportement aveugle. Elle s'était d'elle-même enfermée avec un séducteur mondain qui ne cherchait qu'un plaisir rapide. Et elle avait cru tomber amoureuse de lui !
Tania décida, ce soir-là, de construire un rempart solide autour d'elle. Jamais plus un homme ne l'approcherait assez pour la blesser de nouveau.
Le lendemain, Tania essaya de tout raconter à son grand-père, mais elle n'y parvint pas. Le fossé était trop grand entre eux. Il ne comprit pas pourquoi elle refusa d'assister aux réceptions à partir de ce jour.
Violant l'interdiction de Mason, Tania posa sa candidature dans l'école d'art dramatique londonienne. La place lui fut accordée ; elle revint dans son pays natal, prête à se battre seule dans la vie, plutôt que d'accepter l'existence hypocrite que lui proposait son grand-père.
Mason se mit dans une colère effroyable quand Tania lui annonça son départ. Cependant, la jeune fille demeura imperturbable. Elle devait absolument partir.
Depuis, Tania se reprochait parfois d'avoir déçu son grand-père. Elle n'oubliait jamais de lui écrire pour Noël ou pour son anniversaire, mais elle n'avait jamais reçu de réponse.
Elle se glissa hors de son lit et passa un peignoir léger. Il ne servait à rien de ressasser ces vieux souvenirs. Quand elle aurait amassé assez d'économies, elle prendrait l'avion pour San Francisco et tenterait de se réconcilier avec Mason. Il s'était montré maladroit, mais ce n'était pas sa faute. Il désirait tant avoir un héritier...
Cette pensée ramena la jeune femme à sa principale préoccupation du moment : il fallait absolument trouver du travail, et le plus vite possible.
Tania se fit du thé dans la cuisine minuscule, puis elle alla s'installer dans un fauteuil profond près de la fenêtre ; Dans une demi-heure, ce serait l'aube. Elle se sentit tout à coup très seule, et cette impression l'étonna : elle avait l'habitude de la solitude depuis bien longtemps. Elle croyait s'y être faite...
Le visage de Bill Hayes revint à sa mémoire, et ses lèvres se mirent à trembler. Il l'avait trouvée tout à fait ridicule, certainement. Ces yeux gris semblaient franchir sans effort toutes les barrières dont elle pouvait s'entourer. Qu'avait-il vu en la regardant ? Tania tenta de chasser Bill de ses pensées. Elle se laissa aller en arrière et ferma les yeux, mais malgré elle, elle répéta son prénom dans ses rêves...
Tania fut tirée de son sommeil par la sonnerie continue du timbre d'entrée. La jeune femme jeta un coup d'½il à la vieille pendule : 10h30, il était tard. Elle se leva du fauteuille et étira ses membres courbatus.
Le visiteur maintenait toujours son doigt sur la sonnette. Tania fronça les sourcils. Elle serra la ceinture de peignoir et alla, pied nus, ouvrir la porte d'entrée. Elle se figea en reconnaissant Bill Hayes sur le seuil...
Tania eut l'impression un instant que son c½ur oubliait de battre. Le rouge lui monta aux joues. Bill Hayes la contemplait avec un sourire narquois. La jeune femme tâcha de mettre le plus de froideur possible dans ses yeux verts.
_Que faites-vous ici ?
Il ne répondit pas. Il examinait la jeune femme posément, de la tête ébouriffée jusqu'à ses pieds nus et roses.
_Ainsi, voilà à quoi vous ressemblez au saut du lit...
Sans pouvoir répondre, Tania resserra son peignoir et se sentit rougir de plus belle. Elle demanda d'une voix moins assurée :
_Que voulez-vous ?
_Laissez-moi entrer... sauf si vous désirez ameuter tout le quartier.
Tania jeta un coud d'½il par-dessus l'épaule de Bill Hayes. Des rideaux s'écartaient de l'autre côte de la rue. Un groupe de petits garçons entouraient la Ferrari noire. Ils regardaient avec curiosité Tania et son visiteur. Elle ouvrit la porte avec un soupir résigné. Elle précéda Bill Hayes dans le séjour et s'arrangea pour rester lion de lui. Il portait maintenant un pantalon de lin clair qui suivait la ligne de ses hanches étroites et de ses cuisses musclées, et une chemise sombre entrouverte sur un début de torse puissant. Tania demanda dans un souffle :
_Pourquoi êtes-vous venu ?
_Vous le savez.
_Non, je ne sais pas. Vous n'avez rien à faire ici.
_Vous ne m'offrez pas une tasse de café ?
_Non...
Bill Hayes explora la pièce du regard. Il répondit nonchalamment :
_Je le prends noir. Sans sucre.
Tania battit rageusement en retraite dans la cuisine.
30coms
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